Mobutu Sese Seko : L’architecte d’un empire du chaos au Zaïre

Découvrez comment Mobutu Sese Seko a façonné l’une des dictatures les plus durables et corrompues d’Afrique. De la trahison de Patrice Lumumba à son règne autoritaire au Zaïre, en passant par son culte de la personnalité et sa chute brutale, plongez dans le parcours du « Léopard du Zaïre« .

Le règne de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga – « le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter » – incarne l’un des régimes les plus longs et destructeurs d’Afrique moderne. Pendant 32 ans, le « Léopard du Zaïre » a imposé sa dictature, usant de manipulations politiques, de purges sanglantes et d’une corruption à grande échelle.

Mais comment cet ancien sergent de l’armée coloniale belge a-t-il réussi à bâtir un empire de kleptocratie ? Comment a-t-il trahi Lumumba, son ancien mentor, pour asseoir son pouvoir ? Et pourquoi son régime s’est-il effondré aussi brutalement en 1997 ?

Plongeons au cœur du système Mobutu.

1. De militaire à traître : l’ascension du futur dictateur

Un jeune homme entre discipline militaire et journalisme engagé

Le 14 octobre 1930, dans la ville de Lisala, au nord-ouest du Congo belge (actuelle République Démocratique du Congo), naît Joseph-Désiré Mobutu. Orphelin de père à huit ans, il est élevé dans un environnement strict et austère par son grand-père et son oncle. Éduqué dans une école catholique, il se distingue par son intelligence vive mais aussi par son tempérament insubordonné. Trop turbulent pour les prêtres qui encadrent son éducation, il est envoyé en 1950 dans la Force Publique, l’armée coloniale belge qui maintient l’ordre au Congo.

À 20 ans, Mobutu découvre la discipline militaire, une rigueur qui lui servira plus tard pour asseoir son autorité en tant que dictateur. Il se distingue dans les rangs de la Force Publique, non pas pour son talent stratégique, mais pour son charisme, son sens de l’ordre et son habileté à se faire apprécier des officiers belges.

Mais Mobutu ne se contente pas de son uniforme militaire. Passionné par l’écriture, il profite de ses permissions pour lire la presse internationale et se former à l’analyse politique. En 1957, il quitte l’armée avec le grade de sous-officieret entame une carrière journalistique au sein du quotidien L’Avenir, un journal proche des milieux libéraux belges.

C’est à travers cette carrière de journaliste qu’il se rapproche du nationalisme congolais. À la fin des années 1950, la question de l’indépendance du Congo devient brûlante, et plusieurs figures émergent pour réclamer la fin de la colonisation belge. C’est ainsi que Mobutu rencontre un homme qui va changer son destin : Patrice Lumumba.

Patrice Lumumba : Le mentor que Mobutu trahira

Patrice Lumumba et Mobutu Sese Seko (©DR)

En 1958, Mobutu fait la connaissance de Patrice Lumumba, un charismatique leader indépendantiste et fondateur du Mouvement National Congolais (MNC). Séduit par l’intelligence et la détermination de Lumumba, Mobutu rejoint le MNC en tant que conseiller et stratège.

Lorsque le Congo obtient son indépendance le 30 juin 1960, Lumumba est nommé Premier ministre et Joseph Kasa-Vubu devient président. Mobutu, fort de ses relations dans l’armée, est nommé secrétaire d’État à la Défense, un poste stratégique qui lui permet d’avoir un pied à la fois dans le gouvernement et dans l’armée.

Mais la lune de miel est de courte durée. Très vite, le jeune État congolais plonge dans le chaos :

  • Des mutineries éclatent au sein de l’armée qui refuse d’obéir aux officiers belges encore en place.
  • La province du Katanga, riche en ressources, fait sécession sous l’influence belge.
  • Les États-Unis et la Belgique voient en Lumumba un allié trop proche du camp communiste, surtout après qu’il ait demandé l’aide de l’URSS pour mater la rébellion katangaise.

Dans ce contexte explosif, Mobutu, opportuniste, voit une occasion en or.

Le double jeu de Mobutu : agent de la CIA et fossoyeur de Lumumba

En coulisses, Mobutu commence à se rapprocher de la CIA et des services secrets belges. Son profil plaît : il est jeune, ambitieux, pragmatique et surtout, il ne semble pas avoir d’idéologie politique forte. Contrairement à Lumumba, fervent nationaliste et socialiste, Mobutu sait jouer de son ambiguïté et se positionne comme un homme d’ordre, un rempart contre l’anarchie qui gagne le pays.

Le 14 septembre 1960Mobutu trahit Lumumba et organise un coup d’État pacifique avec le soutien de l’armée. Il fait arrêter le Premier ministre et le place en résidence surveillée, sous prétexte de « protéger l’unité nationale« .

Mais la CIA et les Belges ne veulent pas simplement un Lumumba en résidence surveillée. Ils veulent sa disparition définitive. Mobutu facilite alors son arrestation par les forces pro-occidentales du Katanga.

Le 17 janvier 1961Patrice Lumumba est exécuté dans des conditions atroces. Après avoir été torturé, il est abattu par un peloton d’exécution et son corps est dissous dans de l’acide afin d’effacer toute trace.

Mobutu, bien qu’il ne soit pas présent au moment de l’assassinat, porte la responsabilité de cette trahison historiqueIl a vendu son mentor aux ennemis du Congo en échange d’une promesse de pouvoir.

Mobutu : l’homme des Américains et futur maître du Congo

Le président américain John F. Kennedy rencontre Mobutu Sese Seko, le commandant en chef des forces armées congolaises qui ont chassé et assassiné Patrice Lumumba, à la Maison Blanche en 1963. (Keystone/Getty Images)

Après la mort de Lumumba, Mobutu ne prend pas immédiatement le contrôle du pays. Il reste dans l’ombre, jouant un rôle clé en tant que chef d’état-major de l’armée.

Mais les années qui suivent sont marquées par une instabilité constante :

  • La guerre civile congolaise continue de faire rage entre les factions pro-Lumumba et les forces pro-occidentales.
  • Le président Joseph Kasa-Vubu peine à stabiliser le pays.
  • Les puissances occidentales cherchent un leader fort capable de pacifier le Congo sans tomber dans l’idéologie communiste.

Mobutu attend son heure. Il observe, renforce ses alliances militaires, et se positionne comme l’unique alternative possible face au chaos.

Le 25 novembre 1965Mobutu passe à l’action. Il orchestre son deuxième coup d’État, cette fois contre Kasa-Vubu.

En quelques heures, il devient l’homme fort du Congo.

2. Le coup d’État : Trahison et assassinat de Lumumba

Le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo (RDC) accède enfin à l’indépendance. Le pays est dirigé par Joseph Kasa-Vubu en tant que président, tandis que Patrice Lumumba, fervent nationaliste et anti-impérialiste, est nommé Premier ministre. Mais cette indépendance est une illusion : en coulisses, les puissances occidentales – Belgique, États-Unis et CIA – surveillent attentivement la situation, cherchant à neutraliser Lumumba, qu’ils considèrent comme trop proche de l’Union soviétique.

C’est dans ce contexte explosif qu’un acteur de l’ombre, opportuniste et stratège, Mobutu Sese Seko, va orchestrer l’un des plus grands actes de trahison de l’histoire africaine contemporaine.

Mobutu et Lumumba : une alliance sous tension

À l’origine, Mobutu n’est pas un ennemi de Lumumba. Au contraire, il est son proche collaborateurAncien journaliste, il se rapproche de Lumumba durant les années de lutte pour l’indépendance et devient l’un de ses conseillers les plus influents. Grâce à son passé militaire, Lumumba le nomme chef d’état-major de l’armée congolaise.

Mais si Lumumba est un idéaliste, Mobutu, lui, est un pragmatique sans scrupules. Il comprend vite que l’avenir du pays ne dépendra pas seulement des Congolais, mais aussi des jeux d’influence entre les grandes puissances.

Or, dès son accession au pouvoir, Lumumba inquiète les États-Unis et la Belgique :

  • Il s’oppose à la mainmise économique et politique des anciennes puissances coloniales.
  • Il tente de mettre fin à la sécession du Katanga, province riche en minerais et soutenue par la Belgique.
  • Il demande l’aide de l’URSS, une démarche perçue comme une menace communiste en pleine Guerre froide.

À Washington comme à Bruxelles, le verdict tombe : Lumumba doit être éliminé.

Le coup d’État du 14 septembre 1960 : La trahison de Mobutu

Les tensions entre Lumumba et Kasa-Vubu atteignent leur paroxysme en septembre 1960Kasa-Vubu, encouragé par la Belgique et les États-Unis, tente de destituer Lumumba, mais ce dernier riposte et déclare le président hors-la-loi.

C’est alors que Mobutu passe à l’action.

Le 14 septembre 1960, il orchestré un coup d’État « pacifique » :

  • Les forces militaires prennent le contrôle de Kinshasa.
  • Mobutu annonce à la radio la « mise en congé » du gouvernement.
  • Il crée un gouvernement provisoire, le Collège des Commissaires Généraux, composé de technocrates sans réelle expérience politique.

Lumumba, bien que déchu, reste populaire. Il est assigné à résidence, mais parvient à s’échapper le 27 novembre 1960 pour tenter de rejoindre ses partisans dans l’est du pays.

La chasse à l’homme et l’exécution de Lumumba

Patrice Lumumba, ramené à Léopoldville, le 2 décembre 1960. © Rue des Archives

La fuite de Lumumba ne dure pas longtemps.

Le 2 décembre 1960, il est capturé par les soldats de Mobutu et placé en détention à Kinshasa. Mais la pression internationale grandit. La CIA et la Belgique exigent son élimination définitive.

Plutôt que de le tuer à Kinshasa, ce qui aurait pu déclencher des émeutes, Mobutu et ses alliés décident de l’envoyer au Katanga, où les sécessionnistes pro-belges se chargeront de son sort.

Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba est brutalement exécuté par un peloton d’exécution sous les ordres des autorités katangaises, avec l’aval de la Belgique et des États-Unis.

Le régime katangais s’arrange pour faire disparaître son corps :

  • Son cadavre est dissous dans l’acide, pour empêcher toute commémoration.
  • Certains de ses restes sont conservés comme trophées par des officiers belges.

Mobutu : du traître au « pacificateur »

Après l’assassinat de Lumumba, Mobutu se repositionne comme l’homme providentiel. Il met en scène le retour au calme et se présente comme le garant de l’unité nationale.

  • Il se rapproche encore davantage des États-Unis et de la Belgique.
  • Il reçoit un soutien militaire et financier massif.
  • Il assoit son autorité au sein de l’armée et élimine progressivement ses rivaux.

Mais derrière cette façade, Mobutu prépare déjà son coup d’État final.

Le 25 novembre 1965il renverse Joseph Kasa-Vubu et devient le maître absolu du Congo.

3. Mobutu Sese Seko : Culte de la personnalité et dictature

Lorsque Mobutu Sese Seko prend le pouvoir en 1965, il se présente comme un garant de l’unité nationale et de la stabilité, après des années de conflits internes et de chaos politique. Mais très vite, son régime prend un tournant autoritaire, s’inspirant des méthodes des dictateurs classiques du XXe siècle : répression, endoctrinement, nationalisme et culte de la personnalité.

Durant 32 ans, Mobutu transforme le Zaïre (ex-Congo) en un État à son image, où son visage est omniprésent, son nom vénéré et son pouvoir absolu. Comment ce dictateur a-t-il construit et imposé son hégémonie ?

Le Parti unique et l’idéologie du « Mobutisme »

L’un des premiers actes de Mobutu, après son coup d’État du 25 novembre 1965, est d’établir un parti unique, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) en 1967. Ce parti devient obligatoire : chaque citoyen zaïrois doit y adhérer, et toute opposition politique est considérée comme une trahison nationale.

Slogan du MPR : 

« Un seul chef, un seul peuple, un seul parti. »

  • La doctrine du Mobutisme repose sur trois piliers :
  • L’unité nationale : interdire le tribalisme et les divisions ethniques pour garantir un État centralisé.
  • L’authenticité zaïroise : rejet de toute influence occidentale pour retrouver « les valeurs ancestrales africaines ».
  • L’autorité absolue du Chef : Mobutu est présenté comme l’incarnation du Zaïre, un leader infaillible et omniscient.

Un culte de la personnalité inspiré des dictateurs du XXe siècle

Mobutu ne se contente pas d’être un dirigeant, il se veut une divinité politique. Il met en place un culte de la personnalité digne de Mao Zedong ou Kim Il-sung :

  • Son visage est omniprésent : sur les billets de banque, les timbres, les murs des bâtiments officiels, les écoles et même dans les églises.
  • Les citoyens doivent prêter serment de loyauté à sa personne et au MPR.
  • Chaque discours télévisé commence par des louanges à Mobutu, qui est présenté comme « le Père de la Nation » et « le Guide suprême ».
  • Il se dote d’une tenue reconnaissable : la célèbre coiffe en peau de léopard, symbole des anciens chefs africains, et une canne en ivoire, renforçant son image d’homme providentiel.
  • Les médias sont sous contrôle total, ne diffusant que des images et des récits glorifiant le « Maréchal du Zaïre ».

Exemple : Il interdit aux citoyens de mentionner son nom sans son titre complet :

« Président-Fondateur Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa za Banga »(signifiant « Le guerrier tout-puissant qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter »).

L’authenticité zaïroise : Un nationalisme poussé à l’extrême

À partir de 1971, Mobutu lance une campagne de « Retour à l’authenticité », une politique visant à débarrasser le Zaïre de tout ce qui rappelle la colonisation.

  • Changement des noms européens : Le pays devient le Zaïre, le fleuve Congo est rebaptisé fleuve Zaïre, et les citoyens doivent abandonner leurs prénoms chrétiens pour des noms « authentiques ».
  • Interdiction des costumes occidentaux : Les hommes doivent porter l’ »abacost », une veste inspirée des tenues africaines, supprimant le costume-cravate jugé « colonial ».
  • Nationalisation des entreprises étrangères : toutes les entreprises sont confisquées et données à des Zaïrois proches du pouvoir, dans le cadre de la politique de « Zaïrianisation ».

Conséquence catastrophique :

La gestion de ces entreprises par des militaires et des amis du régime entraîne la faillite du pays. L’économie, autrefois florissante grâce à l’exploitation minière, s’effondre en quelques années.

La répression : Un régime de terreur

Mais un culte de la personnalité ne peut survivre sans une répression brutale. Mobutu sait que sa popularité repose sur la peur autant que sur l’endoctrinement.

Exécutions publiques :

  • En 1966, il fait pendre quatre anciens ministres accusés de complot, devant des milliers de spectateurs à Kinshasa.
  • En 1969, après une manifestation étudiante, il fait assassiner des dizaines d’étudiants et jette leurs corps dans des fosses communes.

Purge des opposants :

  • Les proches de Lumumba sont traqués et assassinés.
  • Les opposants politiques sont exilés ou tués mystérieusement.
  • La police secrète de Mobutu, le SNIP, surveille tout le pays et fait régner la terreur.

Pacte avec les élites :

  • Mobutu utilise la corruption comme outil de contrôle.
  • Il distribue des postes et des richesses à ses proches pour assurer leur fidélité.
  • Il encourage la corruption au sein du gouvernement, sachant que les fonctionnaires trop compromis n’oseront jamais se rebeller.

Sa phrase célèbre :

« Appropriez-vous la fortune du pays, mais laissez-moi le pouvoir. »

L’illusion du pouvoir absolu

Dans les années 1970, Mobutu semble intouchable. Il est célébré comme le protecteur du Zaïre, reçoit des millions de dollars d’aide des États-Unis et de la France, et vit dans un luxe démesuré.

Mais en coulisses, son régime repose sur des fondations fragiles :

  • Une économie qui s’effondre sous la corruption
  • Une population qui commence à contester son autorité
  • Un soutien international qui vacille après la fin de la Guerre froide

La façade du « Maréchal du Zaïre » commence à se fissurer, annonçant la chute inévitable de son empire en 1997.

4. Chute et exil : La fin d’un empire

Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, autoproclamé « guerrier qui va de victoire en victoire sans que rien ne puisse l’arrêter », semblait indéboulonnable. Pendant 32 ans, il a régné sans partage sur le Zaïre, mettant en place un système de corruption massive, de répression politique et de culte de la personnalité.

Mais derrière les apparences d’un pouvoir inébranlable, les fissures du régime apparaissent dès les années 1980. La chute de Mobutu ne sera ni soudaine ni brutale, mais le résultat d’une lente érosion de son autorité, d’une crise économique désastreuse et d’une guerre civile qu’il ne pourra plus contrôler.

Une économie en faillite et un peuple à bout

Si les années 1970 sont marquées par une relative prospérité économique, grâce à la nationalisation des ressources minières et au soutien des puissances occidentales, les années 1980 sonnent le début de la déliquescence du régime.

  • Un État en faillite : Mobutu détourne à son profit les revenus du cuivre et des diamants, plongeant le Zaïre dans une crise financière. En 1986, l’effondrement du prix du cuivre, principale ressource du pays, affaiblit encore davantage l’économie.
  • Une corruption tentaculaire : Le président et ses proches pillent le pays à tel point que la Banque centrale est régulièrement vidée pour ses dépenses personnelles. On estime que Mobutu a accumulé plus de 4 milliards de dollars sur des comptes suisses.
  • Une armée en décomposition : L’armée zaïroise, longtemps pilier du pouvoir, est négligée et mal payée. En 1991 et 1993, des militaires révoltés se livrent à des pillages massifs à Kinshasa, marquant la fin de l’ordre intérieur.

Face à cette crise, le peuple n’a plus peur. Les manifestations antigouvernementales se multiplient. Mobutu tente une ouverture démocratique en 1990, autorisant le multipartisme, mais son refus d’abandonner le pouvoir rend la transition impossible.

La guerre de trop : la rébellion de 1996

Le coup de grâce pour le régime de Mobutu vient d’un conflit régional. Depuis 1994, le génocide rwandais bouleverse l’équilibre en Afrique centrale. Après la victoire du Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagamedes milliers d’anciens génocidaires hutus se réfugient à l’Est du Zaïre, provoquant l’hostilité du Rwanda voisin.

  • Kigali accuse Mobutu d’armer les milices hutus responsables du génocide.
  • L’Ouganda et le Rwanda décident d’appuyer une rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, un ancien opposant congolais.
  • Le 18 octobre 1996, l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) lance une offensive contre le régime de Mobutu.

Dès les premières semaines, l’armée zaïroise, désorganisée et mal équipée, s’effondre totalement. Les troupes de Kabila avancent rapidement à travers le pays, rencontrant peu de résistanceMobutu, affaibli par un cancer de la prostate, est incapable de coordonner une riposte.

Une fuite humiliante

En mai 1997, la situation devient critique. L’AFDL est aux portes de Kinshasa. Mobutu tente de négocier avec Kabila, mais ce dernier refuse toute discussion. Le vieux dictateur comprend qu’il n’a plus d’alliés, ni à l’intérieur du pays, ni à l’étranger.

  • Le 16 mai 1997, Mobutu quitte Kinshasa à bord de son avion personnel, direction Gbadolite, sa ville natale, où il possède un somptueux palais.
  • Quelques heures plus tard, les troupes de Kabila entrent dans Kinshasa sans résistance.
  • Le 17 mai, Laurent-Désiré Kabila se proclame président de la République Démocratique du Congo, mettant fin au régime de Mobutu.

Mais même à Gbadolite, Mobutu n’est plus en sécuritéIl s’envole alors pour le Togo, puis pour le Maroc, où il est accueilli par le roi Hassan II.

Mort en exil : un destin à la Bokassa

L’homme qui se voulait « l’éternel guide du Zaïre » passe les derniers mois de sa vie dans un anonymat quasi-total. Il est privé de sa fortune, la majorité de ses comptes étant gelés par les banques occidentales. Ses anciens alliés l’ont abandonné, et même ses fidèles ministres ont rallié Kabila.

Le 7 septembre 1997Mobutu meurt à Rabat des suites de son cancer de la prostate. Il est enterré sans faste, dans une simple tombe au Maroc, loin du Zaïre, le pays qu’il a dirigé pendant trois décennies.

Un héritage en ruines

La chute de Mobutu ne marque pas la fin des souffrances pour le Congo. Son départ ne met pas fin à la corruption, ni aux guerres civiles qui vont ravager la région pendant des décennies.

Son héritage est celui d’un pays pillé, d’une économie en lambeaux et d’une instabilité chronique.

  • Un Congo gangrené par la corruption : Les pratiques instaurées sous Mobutu persistent encore aujourd’hui, rendant difficile toute réforme économique ou politique.
  • Des conflits sans fin : La chute de Mobutu donne naissance à la Première Guerre du Congo (1996-1997), puis à la Seconde Guerre du Congo (1998-2003), un conflit qui fera plus de 5 millions de morts.
  • Une population laissée pour compte : Le pays est devenu un terrain de jeu pour les grandes puissances étrangères, exploitant ses immenses ressources minières.

5. Héritage : Un pays en ruine

Lorsque Mobutu Sese Seko s’envole pour l’exil en mai 1997, il laisse derrière lui un Zaïre en décomposition avancée. Après 32 ans d’un règne marqué par la corruption, la répression et l’incompétence, son départ ne signe pas seulement la fin d’une dictature, mais le début d’une longue descente aux enfers pour le pays qu’il a façonné à son image.

Comment un homme qui se présentait comme le « Père de la Nation » a-t-il pu réduire l’un des pays les plus riches en ressources naturelles à un État fantôme, rongé par la misère et la guerre ?

Une économie détruite par la kleptocratie

Sous Mobutu, la corruption devient une institution d’État. Dès les années 1970, il développe un système de prédation économique, où l’argent des mines, des taxes et des aides internationales alimente directement les comptes personnels de l’élite au pouvoir, tandis que les infrastructures du pays s’effondrent.

Les chiffres sont édifiants :

  • 4 à 5 milliards de dollars ont été directement volés par Mobutu et placés sur des comptes en Suisse et ailleurs (Human Rights Watch, 1997).
  • La dette publique explose, atteignant 14 milliards de dollars à son départ, alors que les investissements en santé et éducation sont quasi inexistants.
  • Entre 1975 et 1997, le PIB par habitant chute de 65 %, faisant du Zaïre l’un des pays les plus appauvris du monde malgré ses richesses naturelles (Banque Mondiale).

Les infrastructures du pays sont en ruine :

  • Les routes et les chemins de fer ne sont plus entretenus depuis les années 1980.
  • Les coupures d’électricité et d’eau sont fréquentes, même à Kinshasa.
  • Les hôpitaux et les écoles manquent de matériel et de personnel, plongeant des millions de Zaïrois dans un accès limité aux soins et à l’éducation.

Mobutu a pillé son pays méthodiquement, réduisant l’État à une coquille vide.

L’héritage politique du Mobutisme : un État failli

L’autre catastrophe léguée par Mobutu est la destruction totale des institutions étatiques.

Pendant son règne :

  • L’administration publique est parasitée par le clientélisme, où les postes sont donnés à des proches du régime plutôt qu’à des fonctionnaires compétents.
  • Les forces de sécurité servent plus à réprimer qu’à protéger : la police et l’armée sont gangrenées par la corruption et l’incompétence.
  • La justice est inexistante : seuls les opposants politiques sont jugés, tandis que les alliés du régime pillent impunément les caisses publiques.

Lorsque Mobutu s’enfuit, il n’existe plus d’État fonctionnel capable de gérer le pays.

Son successeur, Laurent-Désiré Kabila, hérite d’une administration vide, d’une armée désorganisée et d’un pays livré aux milices et aux trafiquants.

Un pays plongé dans la guerre

L’un des héritages les plus tragiques de Mobutu est l’embrasement du Congo dans les guerres les plus meurtrières de l’histoire africaine.

En 1996-1997, la première guerre du Congo éclate.

  • Les exilés rwandais et les Tutsis congolais, marginalisés sous Mobutu, se révoltent contre le pouvoir en place.
  • Les pays voisins (Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe) interviennent, soutenant les différentes factions en guerre.
  • Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir, mais ne parvient pas à stabiliser la situation.

La mort de Mobutu ne met pas fin à l’instabilité. Au contraire, le Zaïre devient la République Démocratique du Congo (RDC), mais plonge dans la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), un conflit qui fait plus de 5 millions de morts.

Une société brisée

Au-delà de la politique et de l’économie, Mobutu laisse derrière lui un peuple traumatisé par des décennies de propagande et de répression.

  • Un culte de la personnalité omniprésent : Pendant 30 ans, les Congolais ont été contraints de vénérer Mobutu comme un demi-dieu.
  • Une mentalité de survie : Sous son règne, « débrouillez-vous » devient le mode de vie national, chaque citoyen étant abandonné à lui-même face à un État absent.
  • Un cynisme politique généralisé : Après des décennies de mensonges et de pillages, les Congolais se méfient profondément de leurs dirigeants, freinant les tentatives de reconstruction.

Aujourd’hui encore, la RDC peine à se relever de cet héritage.

SK
SK
SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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