Une étude de l’Université de Cambridge révélait que les Africains possèdent les régimes alimentaires les plus sains au monde. En 2025, qu’en est-il de ces habitudes alimentaires ancestrales ? Nofi décrypte l’évolution de l’alimentation africaine et son impact sur la santé mondiale.
L’Afrique, championne de la nutrition saine

En 2013, une étude menée par l’Université de Cambridge, sous la direction du Dr Fumiaki Imamura, et publiée dans The Lancet Global Health1, révélait que les habitants du Tchad avaient les habitudes alimentaires les plus saines au monde. Selon cette étude, neuf pays africains figuraient parmi les dix premiers du classement des nations aux régimes les plus équilibrés. (Source : The Lancet Global Health)
Contrairement aux idées reçues, l’Afrique se démarque donc par une alimentation principalement composée de fruits, légumes, céréales complètes et légumineuses, bien loin des régimes hyper-transformés et riches en sucres qui dominent dans les pays industrialisés.
« Selon le document, les Tchadiens, qui consomment de nombreux fruits et légumes, sont les habitants de la planète qui se nourrissent le plus sainement. En revanche, les Arméniens sont ceux dont les habitudes alimentaires sont les plus mauvaises », rapporte Afrik.com (Source : Afrik.com)
Mais qu’en est-il en 2025 ? L’alimentation africaine est-elle toujours aussi vertueuse, ou bien a-t-elle été impactée par la mondialisation et l’industrialisation alimentaire ?
L’évolution des habitudes alimentaires en Afrique

Si l’Afrique est historiquement reconnue pour la diversité et la richesse nutritionnelle de ses régimes alimentaires, l’urbanisation et la mondialisation ont progressivement modifié ces habitudes.
Selon un rapport de la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies2, bien que la consommation d’aliments naturels et peu transformés soit toujours répandue, une augmentation des aliments ultra-transformés, riches en sucres et en graisses saturées, est observée dans les grandes villes africaines. (Source : UNECA)
Ainsi, les grandes métropoles africaines voient se multiplier des chaînes de fast-food et des supermarchés proposant une alimentation globalisée, au détriment des plats traditionnels. Cette transformation a des conséquences directes sur la santé publique, avec une augmentation du diabète et des maladies cardiovasculaires.
Les piliers de l’alimentation africaine : un modèle de santé

L’une des forces du régime alimentaire africain réside dans sa proximité avec les principes du régime méditerranéen, reconnu comme l’un des plus sains au monde. Il repose sur :
- Les céréales complètes : le fonio, le mil, le sorgho
- Les légumineuses : niébé (Vigna unguiculata), haricot, pois chiches
- Les légumes-feuilles : feuilles de manioc, gombo, corète potagère
- Les fruits frais : baobab, tamarin, mangue, papaye
- Les sources de protéines maigres : poissons, volailles, insectes comestibles
« Les régimes alimentaires traditionnels africains sont principalement composés de céréales complètes, de légumineuses et de légumes-feuilles, offrant une excellente densité nutritionnelle », selon un rapport du NEPAD3 (Source : NEPAD)
Un regain d’intérêt pour les super-aliments africains

Ces dernières années, plusieurs initiatives africaines et internationales se sont mobilisées pour promouvoir les super-aliments africains, riches en nutriments et adaptés aux besoins alimentaires modernes.
Parmi eux :
- Le moringa, surnommé « l’arbre de vie », riche en fer et en vitamines
- Le fonio, une céréale ancestrale sans gluten et riche en acides aminés
- Le baobab, super-fruit aux propriétés antioxydantes exceptionnelles
- Le teff, une céréale aux bienfaits digestifs
De nombreux chefs africains participent également à cette redécouverte culinaire, en réinterprétant les recettes traditionnelles pour les adapter aux exigences contemporaines.
Défis et opportunités pour l’avenir

Malgré cette richesse culinaire et nutritionnelle, la sécurité alimentaire demeure un enjeu majeur en Afrique.
Selon un rapport de la FAO4 (2024), plus de 278 millions de personnes en Afrique sont en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère, en raison des conflits, du changement climatique et de la pauvreté. (Source : FAO)
« Pour améliorer la sécurité alimentaire, il est crucial de transformer les systèmes alimentaires africains afin qu’ils fournissent une alimentation saine et abordable pour tous », souligne la FAO.
Les gouvernements et les ONG s’efforcent ainsi de développer l’agriculture durable et la valorisation des produits locaux, afin de préserver ces régimes alimentaires tout en assurant leur accessibilité au plus grand nombre.
Un modèle alimentaire à préserver et à valoriser
Si l’étude de 2013 révélait que les Africains mangeaient mieux que le reste du monde, ce constat doit être nuancé en 2025. L’industrialisation alimentaire et l’urbanisation menacent ces traditions alimentaires, mais une prise de conscience croissante permet de réhabiliter et valoriser les régimes africains.
Avec une alimentation riche en produits naturels et en super-aliments, le continent africain possède un patrimoine culinaire unique, qui pourrait inspirer le reste du monde à repenser sa manière de manger.
En valorisant ces traditions et en encourageant leur transmission, l’Afrique pourrait bien redevenir la référence d’une alimentation saine et durable à l’échelle mondiale.
Notes et références :
- The Lancet Global Health : Revue scientifique à comité de lecture spécialisée dans la santé mondiale, filiale de The Lancet, l’un des journaux médicaux les plus prestigieux au monde. Elle publie des recherches sur les enjeux sanitaires internationaux, notamment en matière de nutrition, d’épidémiologie et de politiques de santé publique. ↩︎
- UNECA (United Nations Economic Commission for Africa) : Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies, créée en 1958 pour promouvoir le développement économique du continent. Elle produit des études et des recommandations sur des sujets variés, allant de la sécurité alimentaire aux infrastructures, en passant par les politiques d’industrialisation et d’intégration régionale. ↩︎
- NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) : Programme de développement économique et social mis en place par l’Union africaine en 2001. Son objectif est de favoriser la croissance durable, la bonne gouvernance et l’intégration régionale en Afrique, avec un accent particulier sur l’agriculture, l’éducation et l’innovation. ↩︎
- FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, fondée en 1945. Elle œuvre pour l’éradication de la faim, l’amélioration de la productivité agricole et la gestion durable des ressources naturelles à travers des initiatives et des rapports de référence sur la sécurité alimentaire mondiale. ↩︎